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L’école dans le Gers

Eclairages sur la réalité

vendredi 19 novembre 2004

Encore une petite phrase provocatrice d’un ministre sur la scolarisation des 2 ans en maternelle... Et en même temps, on nous annonce que « la Nation va débattre de l’école » ! Belle façon de débattre...

Mais les débats qui s’annoncent seront ouverts à tous les citoyens. C’est l’occasion pour nous de décrire la réalité quotidienne, d’exprimer nos revendications, de convaincre de faire partager nos ambitions.

Saisissons aussi ces occasions pour mettre en lumière les réussites de l’école, sa capacité à innover, à s’adapter ; et mettons en lumière les conditions qu’il faut pour construire l’Ecole de la Réussite pour Tous. Nous sommes les mieux placés pour le faire, nous en avons la responsabilité.

Aujourd’hui, alors que s’engage ce « grand débat sur l’école », nous avons voulu mettre à disposition de tous, enseignants, parents d’élèves, élus, un document « vérité » qui doit permettre d’y voir plus clair, de dépasser les idées reçues mais aussi d’exprimer ce que sont nos ambitions pour le Service Public d’Education.

L’école maternelle

C’est l’école que le monde entier nous envie, au sein de laquelle les maîtres et les maîtresses déploient des trésors d’inventivité pour apprendre la vie en société, pour faire acquérir les apprentissages premiers aux plus petits des élèves. Ces quelques lignes sont, à peu de choses près, les compliments que nous entendons régulièrement de la part de nos ministres.

Alors, l’école maternelle une grande école ? Oui, mais il reste du chemin à parcourir.

Un premier constat

Le taux d’encadrement moyen (nombre d’enfants par classe) s’élève à 22,6.

Il est de 2,5 points supérieur à celui constaté pour les écoles élémentaires.

Lorsque l’on sait que la très grande majorité des classes maternelles rassemble 2, voire 3 classes d’âge, on comprend qu’il est urgent de « desserrer » les effectifs pour créer partout des conditions d’accueil et de travail améliorées.

C’est d’autant plus urgent que le taux moyen cité plus haut cache de très nombreuses classes où 28, 29, quelquefois 30 enfants sont scolarisés, notamment dans les écoles primaires.

Les plus jeunes

Soulignons-le une fois encore, nous parlons ici des enfants de 2-3 ans et explicitons.

Un enfant né en 2001, dans le premier semestre, qui n’est pas accueilli à l’école cette année scolaire, n’y entrera qu’à 3 ans 8 mois au pire, 3 ans 2 mois au mieux !

Répétons aussi que tout enfant né en 2001 (jusqu’en décembre) peut être inscrit à l’école.

Apportons également une précision d’importance. Quand « l’offre » de scolarisation est suffisante, plus de 70 % des enfants de cette classe d’âge sont scolarisés. Et s’ils le sont c’est bien parce que les parents le souhaitent !

Le Gers se situait pratiquement à ce niveau-là jusqu’à il y a 3 ans, mais il régresse régulièrement, passant de 60 % en 1996 à environ 55 % en 2003.

Dans le même temps, la démographie du département est à la hausse, 479 enfants supplémentaires en 2003 par rapport à 1996.

La demande d’école n’a pas baissé ; par contre la réponse du Service Public diminue nettement et se traduit par l’impossibilité pour des dizaines et des dizaines d’enfants d’accéder à l’école.

S’y ajoutent des disparités très nettes entre les différents points du territoire départemental.

Il est donc indispensable que l’Education Nationale consacre des moyens supplémentaires en postes d’enseignants, il est tout aussi indispensable que les communes investissent pour leurs écoles maternelles.

Seule l’école maternelle est en mesure de proposer aux familles l’accueil et la scolarisation des plus jeunes.

Les effets positifs d’une scolarisation précoce et dans de bonnes conditions ne sont plus à démontrer.

Les solutions présentées comme « alternatives », crèche et autre halte-garderie, ne peuvent s’entendre autrement qu’en terme de complémentarité.

D’abord parce que par définition le scolaire en est absent, ensuite parce qu’elles se traduisent par un coût financier supplémentaire pour les familles, encore parce qu’une majorité de communes ne peut pas y consacrer les investissements et les charges qu’elles entraînent.

Pour clore ce chapitre, un petit rappel de la loi du 10.07.89 (extraits).

« Tout enfant doit pouvoir être accueilli, à l’âge de 3 ans, dans une école maternelle ou une classe enfantine le plus près possible de son domicile, si la famille en fait la demande ».

« L’école maternelle joue un rôle manifeste en faveur des enfants les moins favorisés devant l’accès au savoir. L’accueil de ces derniers en école maternelle dès l’âge de 2 ans et de tous les enfants dès l’âge de 3 ans constitue donc un objectif de la politique éducative et les efforts nécessaires doivent être entrepris pour y parvenir ».

L’enseignement spécialisé, l’aide aux enfants en difficulté

Des chiffres pour prendre d’emblée la mesure des manques dans ce secteur.

47 postes spécialisés sont soit tenus par des enseignants non spécialisés, soit vacants. Au total, 41 % des 115 postes concernés ! Dans le détail : 22 postes en Etablissements, 12 en Réseaux d’Aide, 7 en Segpa, 6 en CLIS et UPI.

La tendance, très lourde depuis des années s’accentue encore. Certes des efforts ont été fait sur le plan de la formation continue. Mais le décalage est tel que les collègues nouvellement spécialisés qui prendront leurs fonctions à la rentrée 2004 ne suffiront pas pour palier les départs à la retraite et combler les postes non pourvus.

Si l’on mesure (et il est juste de le faire) la qualité d’un système aux moyens qu’il consacre aux plus fragiles, la situation est scandaleuse.

En effet, on assiste ici, le mot n’est pas trop fort, à une entreprise de démantèlement d’un pan entier de l’enseignement du 1er degré, celui qui doit prévenir les difficultés scolaires, aider, soutenir les élèves qui les vivent, y remédier.

La prévention d’abord : des réseaux d’aide complets et bien répartis !

Plus les difficultés s’installent, plus il est difficile d’y remédier.

Travailler préventivement, c’est la première raison d’être des réseaux d’aide.

Encore faut-il que chacun de ses membres, psychologues scolaires, maîtres E et maîtres G, aux missions complémentaires puissent les assurer pleinement auprès de chaque enfant qui en a besoin et le plus tôt possible.

Ces conditions sont très loin d’être réunies.

La moitié des réseaux d’aide du Gers sont incomplets : Masseube/Mirande, Plaisance/Miélan/Marciac, Nogaro/Riscle, Condom, Fleurance, Gimont/Mauvezin, Samatan/Lombez.

La réalité c’est aussi la réduction constante des frais de déplacements pour ces collègues qui par définition doivent se déplacer au sein de secteurs parfois très étendus.

La suppression à marche forcée des classes de perfectionnement n’a pas été compensée. Supprimer des structures n’a jamais fait disparaître les difficultés mais a pour effet de les répartir dans toutes les classes.

Ainsi, c’est tout le système scolaire qui subit déjà et subira encore plus les conséquences du naufrage annoncé de l’AIS. Peu à peu, tous les enseignants se retrouveront face à des situations de moins en moins gérables et évidemment préjudiciable aux enfants qui ont le plus besoin d’une aide individuelle.

Comment progresser ?

Tout d’abord en permettant le départ en stage de formation d’un beaucoup plus grand nombre d’enseignants. Cela passe évidemment par une enveloppe financière de formation continue à la hausse.

Mais cela ne suffit pas. Il faut aussi rendre attractifs ces postes qui sont parmi les plus difficiles.

La solution existe ; elle passe par une revalorisation de la qualification.

Les établissements spécialisés

Ils accueillent les enfants les plus fragiles et déstructurés, ceux que la vie a déjà très rudement éprouvés, auprès desquels le travail de reconstruction est très complexe.

Au sein de ces établissements, ce n’est pas un enseignant spécialisé sur 3 qui manque, mais plus de 1 sur 2 (22/38) !

Il faut savoir également que 2 établissements n’ont pas de directeur en titre.

La formation continue

Les textes réglementaires prévoient pour chaque enseignant du 1 er degré des droits à formation continue à hauteur de 36 semaines sur l’ensemble de la carrière ; en résumé une semaine par an.

Les nouvelles technologies, l’apprentissage d’une langue vivante, les nouveaux programmes, l’évaluation, l’intégration des enfants handicapés, pour ne citer que les évolutions les plus importantes vécues par les écoles ces dernières années, nécessitent le respect des textes réglementaires.

La réalité est toute autre. Depuis plusieurs années maintenant, l’offre de Formation Continue s’est réduite dans des proportions très importantes.

Un seul chiffre ; notre département devrait y consacrer 25 à 30 postes. Seulement 15 postes d’enseignants y sont attribués.

C.P. dédoublé et C.P. renforcés

Il n’y a pas de faute d’orthographe dans ce titre de chapitre.

La réalité départementale est en effet d’une classe de C.P. dédoublée ; deux enseignants pour une vingtaine d’élèves.

Le reste du dispositif initié par Luc Ferry repose sur l’aide apportée par les Assistants d’Education, dans le cadre de C.P. renforcés.

L’annonce de 2000 C.P. dédoublés constitue une fois encore un affichage national qui est démenti par les réalités départementales. En France, ce sont au mieux 400 classes de C.P. réellement dédoublées, le reste, c’est-à-dire quatre fois plus, reposant sur l’aide des Assistants d’Education.

Et dans le même temps, pour en revenir au Gers, des classes de GS/CP accueillent plus de 25 élèves, des classes allant de la petite section au CP existent toujours !

La fin du dispositif Aides-Educateurs

Pour les écoles, la fin du dispositif Aides-Educateurs signifie l’anéantissement d’un travail de construction patient et fructueux mené par les équipes éducatives au bénéfice des élèves et du fonctionnement général de l’école.

La présentation officielle du Ministère du dispositif Assistant d’Education comme devant compenser celui des Aides-Educateurs est une supercherie.

En volume d’abord ; entre Juin 2003 et Juin 2004 ce sont environ 36 Aides-Educateurs qui partiront, s’ajoutant aux 63 postes vacants.

A ce jour, 10 postes d’Assistants d’Education et 17 postes d’Auxiliaires de Vie Scolaire ont été attribués au Gers.

Sur les missions ensuite : 1 poste est consacré au C.P. renforcé (voir plus haut), 9 restent pour les écoles.

Autrement dit, c’est bien tout ce qui a été inventé et construit avec et par les Aides-Educateurs qui disparaît.

L’intégration des enfants handicapés : une mission de service public

Sous la pression des associations, des syndicats, l’Etat commence enfin à prendre ses responsabilités par le recrutement de 17 Assistants d’Education (AVS) lors de cette rentrée.

Objectivement, la situation est donc meilleure aujourd’hui qu’elle ne l’était l’année dernière(moins d’une dizaine d’AVS).

Si nous défendons le droit à scolarisation pour tous les enfants, nous exigeons que les conditions soient réunies pour la rendre possible et bénéfique pour tous.

Le sujet est extrêmement sensible. Il demande une prise de responsabilité totale de l’Etat dont le devoir est de répondre à la forte et légitime demande des familles mais aussi à celles des écoles.

L’ensemble des points abordés ci-dessus ne vise pas à l’exhaustivité mais bien à mettre en lumière la réalité quotidienne du vécu des écoles, ce qui se cache derrière les gros titres des journaux.

Questions - Réponses

Nous avons également voulu répondre à trois questions souvent posées, légitimes et qui méritent une réponse argumentée.

- Toujours plus de moyens pour moins d’élèves ?

De 1996 à 2003, les écoles du Gers ont « gagné » 312 élèves. Le chiffre peut paraître anodin, mais il est essentiel de le rapporter au nombre de postes. Dans le même temps, 37 postes d’enseignants ont été retirés au département au gré des cartes scolaires.

Et dans le même temps toujours, le département a dû « redéployer des moyens » pour la direction d’école, le remplacement, pour créer deux UPI... autant bien sûr de nécessités.

La vérité pour notre département c’est que l’école fait plus avec moins. Dans la période, l’école et ses personnels ont dû s’adapter à nombre d’évolutions et innovations pédagogiques (enseignement des langues, évaluations, NTICE, intégration,...) sans baisse significative du taux d’encadrement (nombre d’élèves/classe) mais dans un contexte de baisse bien réelle du nombre d’enseignants.

- Un système éducatif non performant ?

C’est un véritable scandale que de l’affirmer. Tout prouve le contraire. En à peine vingt ans, le taux de bacheliers a plus que doublé pour passer de 29,4 % (en 84-85) à 61,8 % (en 2001-2002) (moyenne nationale).

L’école maternelle et l’école élémentaire y sont certainement un peu pour quelque chose. Globalement, le système éducatif a donc fait des progrès considérables et indéniables. Cela s’explique-t-il par un doublement des moyens mis à disposition ?

C’est ce qu’affirme, très vite, le « Haut Conseil de l’évaluation de l’école » dans son diagnostic du 17 octobre préparant le grand débat sur l’école. La vérité est toute autre. En 1974, la France consacrait 6,2 % de son PIB (Produit Intérieur Brut) à l’Education Nationale, elle en consacre 7 % en 2003 ! En gros, 1 % de PIB en plus sur 30 ans pour plus que doubler le nombre de bacheliers, diviser par plus de deux le nombre de jeunes sortant sans qualification du système scolaire. On connaît des systèmes bien moins performants !

- Peut-on se satisfaire des résultats actuels ?

La réponse est tout aussi tranchée ; bien sûr que non ! 60.000 jeunes sortent du système scolaire sans qualification. Entre 6 et 7 % des jeunes adultes sont proches de l’illettrisme. Environ 10 % des élèves, en fin de CM2, sont en plus ou moins grande difficulté de compréhension face à l’écrit, la moitié d’entre-eux en très grande difficulté.

Depuis plusieurs années maintenant, l’école se heurte à ce « noyau dur » de la difficulté scolaire. Ce constat heurte aussi les consciences car l’on sait à quel point il hypothèque l’avenir de ces enfants.

Dégager des moyens humains, en temps aussi (les deux sont totalement liés) est une urgence absolue pour leur offrir un autre avenir.

Investissement, prévention, ambition

C’est ce que nous proposons en terme de programme pour le système éducatif.

En affirmant immédiatement que si le coût est important, il est d’évidence bien inférieur à celui du traitement social que l’impossibilité d’insertion de milliers d’adultes impose à la société.

A moins que ce coût là, la société ne veuille pas le supporter, ce que nous ne voulons pas imaginer tout en sachant que c’est l’objectif poursuivi par certains.

A cette vision rétrograde faite d’abandon de solidarité, nous opposons nos ambitions d’une Education Nationale investissant sur l’avenir et mettant tous ses moyens au service de tous, plus particulièrement à disposition de ceux qui en ont le plus besoin.

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