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Cartes biseautées

jeudi 30 novembre 2006

La sectorisation contribue à assurer, non sans accrocs, la mixité sociale dans les établissements scolaires. Des parents choisissent d’y déroger. Nicolas Sarkozy veut s’en débarrasser, Ségolène Royal veut l’aménager. L’abandonner, ce serait accepter la logique libérale à l’école et se résigner à une société de plus en plus éclatée où la sélection et l’exclusion sociales conduiraient à justifier la sélection et l’exclusion territoriales. La carte scolaire n’est pas un principe à abattre mais à améliorer.

Née il y a 60 ans

L’idée née en 1946 avec le plan Langevin- Wallon, s’est concrétisée en 1963 sous De Gaulle. Elle a acquis sa vocation actuelle, avec la crise, vers la fin des années soixante-dix. En quarante-trois ans, la sectorisation aura connu bien des variantes, passant, en outre, d’une logique gestionnaire à la fonction sociale d’aujourd’hui. En théorie, le principe est simple : assurer la mixité des élèves, en rattachant à un même établissement tous les enfants d’un même territoire ou de quartiers socialement divers.

Contournements

Avec l’accroissement du contournement de la sectorisation par les familles favorisées, celle-ci est mise en accusation : sa rigidité nuirait aux plus pauvres.

Après concertation rapide des syndicats de l’éducation et des fédérations de parents d’élèves et audition des collectivités territoriales, un rapport doit être remis au Premier Ministre très prochainement. Le risque est grand que soient prises des décisions simplistes sous la pression électorale.

Nicolas Sarkozy, propose de faire sauter la carte scolaire, et de renforcer préalablement l’autonomie des établissements.

Gilles de Robien veut étendre l’autorisation de choisir son lycée aux élèves des collèges défavorisés obtenant mention bien ou très bien au brevet (déjà en oeuvre dans les collèges ambition réussite).

Ségolène Royal, envisage d’élargir la sectorisation et d’offrir, à tous, un éventail de choix de deux ou trois écoles, collèges, lycées.

Débat biaisé

La sectorisation par principe ne crée pas l’inégalité et la ségrégation scolaires. Ce sont les politiques de l’emploi et du logement qui concentrent aujourd’hui le chômage et la pauvreté dans les quartiers populaires. L’école est plus victime de l’état de la société que celle-là n’est victime de l’état de son école.

La question de la sectorisation et de son contournement doit être traitée comme un symptôme de l’accroissement des inégalités et des pouvoirs très inégaux qu’ont les différentes classes sociales sur la scolarité de leurs enfants.

Les établissements subissent et retraduisent l’influence des inégalités sociales, économiques, culturelles qui marquent leur environnement. L’accroissement de leur « autonomie  » les place de fait en situation de concurrence. Chacun cherche à attirer ou retenir les élèves les meilleurs ou les moins démunis.

Les conduites d’évitement des familles et les modalités selon lesquelles les établissements font face aux logiques de concurrence se conjuguent, au détriment des élèves les plus démunis, mais aussi des établissements les moins bien placés. À l’intérieur de ces établissements, se multiplient les classes qui, sous couvert de spécialisation ou d’option se veulent attractives pour les familles de classe moyenne.

Au final, se renforcent non seulement les inégalités sociales mais aussi les rapports de compétition entre établissements et au sein de chacun d’entre eux.

Une autre Ecole

La question centrale est donc de construire un système éducatif adapté aux classes populaires et répondant aux objectifs de démocratisation de l’accès au savoir avec pour priorités immédiates :
- compenser le handicap social dont souffrent certains établissements afin d’en accroître l’attractivité ;
- travailler au meilleur fonctionnement des équipes et des pratiques scolaires et donner les moyens de le faire.

En confiant aux Conseils Généraux la responsabilité du découpage des secteurs, L’État se prive ainsi d’un précieux outil de régulation. Il doit recouvrer cette prérogative, sans retour aux « décisions d’en haut ».

Il en va également du pouvoir de l’État en matière de politique de la ville et de la responsabilité qui lui incombe, notamment, dans la non-application de la loi SRU (adoptée en 1999, la loi Gayssot oblige les communes de plus de 20 000 habitants à disposer d’un parc de logements sociaux équivalent à 20 % du parc habitable).

Betty JEAN DIT TEYSSIER

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