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un "B A - B A au rhum" indigeste

vendredi 13 octobre 2006

Le ministre poursuit sa calamiteuse croisade avec sectarisme et autoritarisme, tandis que des chercheurs et des enseignants s’opposent de plus en plus ouvertement à la démagogie de Gilles de Robien.

La lecture pour les nuls par Gilles de Robien

Le 10 octobre 2006, le "Ministre de l’éducation" nous a une fois de plus délivré l’étendue de sa pensée pédagogique lors de l’émission Sept neuf trente de Nicolas Demorand (sur France Inter), en expliquant :

« On commence à apprendre à lire par l’apprentissage des lettres et des sons. B A ça fait BA. Et quand on sait dire BA deux fois, ça fait Baba. Et le cas échéant on peut dire "au rhum". »

Au-delà du vide sidéral du propos rappelons, toutefois, que ce même ministre (qui doit lire sans comprendre) a modifié les programmes en mars 2006 et que ceux-ci indiquent :

« On utilise deux types d’approches complémentaires : analyse de mots entiers en unités plus petites référées à des connaissances déjà acquises, synthèse à partir de leurs constituants, de syllabes ou de mots réels ou inventés. »

Ainsi, Gilles de Robien tient dans les médias des propos en contradiction avec l’arrêté du 24 mars 2006 signé par le Ministre de l’Éducation qui autorise l’utilisation de plusieurs approches lors de l’apprentissage de la lecture.

Des cautions récalcitrantes

Jean Emile Gombert est professeur de Psychologie du développement cognitif à l’université Rennes 2. Il est l’un des dix-huit signataires, avec Frank Ramus, de la lettre au Monde de l’éducation (mars 2006), intitulée Un point de vue scientifique sur l’enseignement de la lecture et qui plaidait pour l’apprentissage du "déchiffrage dès le début du CP" sans pour autant en "revenir aux vieilles méthodes enseignant exclusivement le B-A-BA de manière répétitive et dénuée de sens" [1]. Le DVD Apprendre à lire réalisé par le ministère reprend des propos tronqués [2] de J.-E. Gombert, tenus lors d’un séminaire sur la lecture.

Dernièrement, J.-E. Gombert a lancé un Appel à la grève du zèle dans lequel il indique notamment :

« Aucun chercheur sérieux ne peut prétendre connaître la bonne méthode de lecture ! (...)Il est erroné d’affirmer que la recherche scientifique impose l’utilisation de la "méthode syllabique", et qu’elle serait la mieux adaptée au fonctionnement du cerveau. (...) Face à des instructions contraires aux textes, il convient d’initier un large mouvement de grève du zèle, de refuser d’enfermer l’enseignement de la lecture dans le b-a- ba ; en d’autres termes, il convient d’appliquer les textes, donc de désobéir au Ministre qui les caricature. »

Le Roi est nu

Face à l’autaritarisme et au sectarisme du ministre, il convient de dire et de re-dire ce que l’agitation du Ministre essaie da faire oublier

  • L’apprentissage de la lecture est un acte complexe pour lequel il n’existe aucune méthode miracle.
  • Le seul consensus qui existe dans la communauté scientifique est d’insister sur l’importance conjointe
    • de l’automatisation des correspondances graphèmes-phonèmes (par des méthodes analytiques ET synthétiques),
    • du travail sur la compréhension et sur le sens,
    • et de la familiarisation précoce avec l’écrit et ses fonctions.
  • On ne peut apprendre à lire les mots "banane", "bandit" ou "bannir" avec une technique simpliste de "B.A.-BA".
  • Pour des argumentaires plus développés, voir aussi : Apprendre à lire « pas si simple ! » et Lecture : vrais débats et fausses solutions.

Ne pas baisser les bras

Une centaine de formateurs, ont refusé d’assister à l’intervention du ministre de l’Éducation Nationale, Gilles de Robien, en clôture du séminaire sur les "sciences de la lecture" et ont lu une déclaration commune avant de quitter la salle pour dire leur écœurement face à la manière caricaturale utilisée pour présenter la réforme de l’apprentissage de la lecture. En dépit de l’autoritarisme du Ministre, des menaces de sanctions ou des cas de censure, des collègues tentent de faire entendre un point de vue différent de celui du ministre.
Chacun à notre niveau, il est plus important que jamais de faire valoir nos convictions, riches des pratiques de classe que nous avons construites, de notre connaissance des élèves et de notre métier.
En particulier, le SNUipp 32 appelle les enseignants et formateurs à s’en tenir aux programmes officiels sans se laisser impressionner par les déclarations ministérielles démagogiques dont bruissent les médias.

Quels sont les objectifs du ministre ?

Les propos et l’attitude du Ministre prêteraient à rire si les conséquences premières n’étaient pas la fragilisation des relations de confiance entre les parents et l’École, les difficultés grandissantes des collègues de CP à tenir un discours audible et raisonné face aux inquiétudes entretenues des parents et de démolir le service public d’Éducation.

On peut d’ailleurs se demander si le Ministre est le garant du bon fonctionnement du service public d’Éducation ou s’il en est aujourd’hui le principal fossoyeur. Comme le note l’éditorial du Café Pédagogique, du 9 octobre dernier [3] : "Hors de toute approche scientifique, le débat sur l’apprentissage de la lecture n’est plus qu’un faire-valoir électoral. Point de ministre, il n’y a plus qu’un candidat."

Notes

[1] Des extraits de ce texte ont été repris dans la brochure du ministère Apprendre à lire, publiée à la rentrée 2006. On pourra se référer au texte intégral Un point de vue scientifique sur l’enseignement de la lecture.

[2] Pour en savoir plus, voir DVD ’Apprendre à lire’ : De la communication scientifique à la propagande médiatique. Ce n’est pas la première fois que le ministre et ses services dénaturent les propos des chercheurs pour justifier "scientifiquement" des thèses fantaisistes.

[3] cf. Un débat qui ne mène qu’au désordre.

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