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Déclaration de la FSU au Conseil Supérieur de l’Éducation du 16 décembre 2004

vendredi 17 décembre 2004

Déclaration de la FSU au Conseil Supérieur de l’Éducation du 16 décembre 2004 sur le projet de loi d’orientation.

Le moins que l’on puisse dire est que le projet de loi que vous nous soumettez n’est le résultat ni de ce qui s’est dit dans le débat national mené il y a quelques mois, ni d’une concertation qui n’a pas véritablement eu lieu. Et ce n’est pas son moindre défaut.

Nous ne pouvons pas non plus ignorer le contexte dans lequel il intervient : demain le CTPM aura à examiner les conséquences des choix budgétaires faits pour 2005 qui viennent accentuer les coupes claires dans les moyens du service public intervenues depuis 3 ans : c’est une véritable diminution de l’offre de formation et de la capacité de lutter contre l’échec qui en découle ; c’est aussi le risque de renforcement des inégalités dans nombre de régions.

Et ce contexte évidemment éclaire votre projet de loi, qui contrairement à certaines annonces n’est en rien une loi de programmation : au contraire il ne donne aucune garantie que vos projets fassent l’objet de financements nouveaux sans redéploiements.

Nous pensons que pour véritablement assurer la réussite de tous et pour donner une véritable ambition à l’école il faut en créer les conditions. Permettez moi d’en rappeler quelques unes qui selon nous sont fondamentales : il s’agit de développer les solutions collectives et diversifiées, l’intervention précoce contre l’échec ; il faut développer le travail en équipe, pas seulement équipes enseignantes mais bien équipes pluri professionnelles, libérer du temps pour que les personnels fassent mieux ce qu’ils font déjà, améliorer la formation tant initiale que continue, développer la recherche en éducation. Il faut - et je veux insister là dessus travailler à une « culture commune » riche et diversifiée qui, sauf inventaire contradictoire et négocié, doit comprendre sans a priori ni nouvelle hiérarchie au moins toutes les disciplines et activités organisées actuellement par les programmes scolaires, notamment enseignements artistiques, EPS, technologie... Il faut en même temps une réflexion nouvelle sur la question des programmes, de leurs contenus, de la cohérence disciplinaire nécessaire, de l’école au lycée ; il faut le faire en pensant aux élèves qui réussissent peu ou mal, en s’attachant à mieux définir et rendre explicite ce qu’il faut savoir et savoir faire pour entrer dans les différentes cultures proposées tout en permettant à tous des dépassements. C’est à l’aune de ces exigences que nous jugeons négativement votre projet.

D’une manière générale vous ne vous donnez pas les moyens d’atteindre les objectifs que vous affichez et dans lesquels nous pouvons reconnaître nos propres propositions par exemple en matière d’accès aux formations supérieures. Et je dois noter que la formulation garantissant à tous les jeunes un « diplôme ou une qualification reconnue » ne garantit pas en réalité une qualification. Par ailleurs votre projet se présente comme un ensemble de mesures dont certaines pourraient sembler relever du bon sens. Mais cet affichage masque mal des orientations qui de fait, tournent le dos à ces objectifs et qui s’accommodent de l’idée que la réussite de tous serait impossible, ignorent le poids des inégalités sociales pour faire de la réussite une question « d’aptitudes » ou de « talents individuels ». De ce point de vue les absences sont autant significatives que les dispositions contenues dans le projet : c’est le cas par exemple de la question de la mixité sociale ou des ZEP que vous avez timidement réintroduites dans votre texte mais pour lesquelles vous ne proposez aucune politique ambitieuse et qui courent toujours le risque d’être victimes de redéploiements. Lorsque vous insistez sur le fait que l’aide aux élèves en difficulté se substitue à l’aide aux établissements vous ne faites que conforter nos craintes. Une vision restrictive des savoirs à construire et à acquérir Le projet de loi, qui se présente bien sur ce point dans le prolongement du rapport Thélot, au lieu de promouvoir une culture commune met en avant « un socle commun » des indispensables. En fait, il s’agit là de « compétences et connaissances » minimum, très instrumentalisées, excluant certains savoirs du champ de la culture commune. C’est le cas de l’EPS, des enseignements artistiques, de la technologie... et d’autres disciplines. Cette proposition est une réelle rupture avec l’organisation scolaire actuelle et va à l’encontre de ce que la FSU a toujours défendu : non seulement la diversité des disciplines n’est pas un obstacle à la réussite de tous les élèves, mais leur interaction permet de créer une dynamique des apprentissages favorable à chacun d’entre eux, et particulièrement aux plus en difficulté. En matière de lutte contre l’échec scolaire, le projet ne propose d’ailleurs que des C.I.R.E (contrat individuel de réussite) qui ouvrent la porte à tous les aménagements possibles, renvoient la responsabilité de l’échec ou de la réussite à l’élève et à sa famille, risquent de se substituer aux dispositifs actuels (y compris les ZEP) ou de fonctionner par des redéploiements. Ce projet met également à mal la notion d’équipes pluriprofessionnelles dont, jusqu’à présent, aucun ministre n’avait contesté la pertinence...sans toutefois, les financer, il est vrai ! Un renoncement à une ambition pour tous les élèves. Dans ses objectifs, le projet de loi se garde bien de prolonger une scolarité obligatoire, qui, dans les faits va bien au delà des 16 ans. En même temps il met en place une série de dispositifs qui, loin de traiter efficacement l’échec scolaire, font courir le risque d’un enfermement de nombreux jeunes dans des situations d’échec et font peser des menaces sur tous les niveaux d’enseignement de l’école maternelle au lycée. Rien pour traiter précocement l’échec dès la maternelle ou les premières années de l’école : au lieu de développer le travail collectif, les « plus de maîtres, que de classe » on engage le redéploiement des moyens des RASED. Rien sur la nécessité de dispositifs de lutte contre l’échec du collège au premier cycle universitaire. En revanche au collège, on risque fort de voir s’accentuer des solutions sélectives : aménagements différenciés des cursus et des programmes, brevet à géométrie variable, dispositifs dérogatoires d’alternance dès la 4 ème, délestage vers des dispositifs relais multipliés. Au lycée, la suppression des TPE (sans concertation, sans évaluation) est significative des choix gouvernementaux : aucune ambition pédagogique, les seules réponses se situant au plan du resserrement des structures. Mais, plus globalement, c’est bien à une réduction de l’offre de formation qu’on aboutira ainsi qu’à une fragilisation de certains enseignements et de certaines séries (notamment la série ES) et à une remise en cause de la valeur nationale du baccalauréat, faisant courir encore une fois le risque d’une pénalisation des plus défavorisés. L’enseignement professionnel public va voir son périmètre réduit au profit d’un apprentissage qui est promu comme un substitut à une formation initiale sous statut scolaire, les projets Borloo s’inscrivant complètement dans ce cadre. Cela va à l’encontre de l’intérêt des jeunes tant la capacité d’évolution dans la carrière, d’adaptation aux évolutions des métiers et des technologies est plus favorable pour les jeunes issus de l’enseignement professionnel. Une atteinte aux statuts et aux conditions de travail pour les personnels Sur fond de décentralisation accrue, le projet propose un renforcement de l’autonomie des établissements, de contractualisation, de multiplication des pouvoirs hiérarchiques. Quant à l’une des mesures « phare » du projet, le remplacement des collègues absents par leurs propres collègues, on voit ce qu’elle va signifier en terme d’alourdissement des services ou de dénaturation du métier mais aussi les limites pédagogiques de ce remplacement au pied levé, en fonction de « la ressource disponible ». Les attaques toutefois ne s’arrêtent pas là puisque le projet prévoit aussi une certaine forme de polyvalence pour les PLC, l’affectation de PLP en 6ème, le redéploiement des décharges, la remise en cause pour tous du droit à la formation continue, l’individualisation et la contractualisation des carrières des personnels. Bref vous allez à l’inverse de ce qui serait indispensable pour améliorer et dynamiser le travail des personnels. Un mot à présent sur les IUFM : nous pensons indispensables de renforcer à la fois le caractère universitaire et le caractère professionnel de la formation initiale des maîtres ; mais cela suppose qu’un certain nombre de conditions soient réunies : démocratisation du fonctionnement, garanties sur l’autonomie et le budget, sur les recrutements, statuts et carrières des personnels, contenus des formations et articulation entre la recherche et le terrain... Votre projet ne répond pas à ces conditions. Enfin laissez nous contester le fait que la création du Haut Conseil de l’Ecole se traduise par la disparition d’organismes tels que le HCEE : ce n’est pas un gage de démocratie !

Cette loi est, pour l’éducation, un vrai projet de régression. La FSU et ses syndicats y sont fermement opposés et sont décidés à agir. Parce qu’ils en contestent la logique d’ensemble ils ne chercheront pas à l’amender partiellement ; ils voteront contre et ils entendent continuer à mener le débat pour faire avancer des propositions qui permettent de contribuer véritablement à la réussite de tous.

Voir en ligne : Source FSU

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