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Notes de lecture "Lire C’est comprendre"

mercredi 31 octobre 2018

Eveline Charmeux présente elle-même son livre comme « une démarche complète, de la maternelle à la fin du collège, pour un vrai savoir lire. C’est le bilan de cinquante années de travail sur la lecture ; une alternative réelle au B.A. BA syllabique ! ».
Rachel Schneider, du SNUipp-FSU national, l’a lu et le défend avec passion.

Pendant les années De Robien, Eveline Charmeux a subi de violentes attaques des ennemis de la pédagogie, déjà appelée, il y a 12 ans, « pédagogisme ». Jean-Michel Blanquer, directeur de cabinet adjoint de De Robien en 2006, déclarait il y a encore un an, n’avoir que deux ennemis : « le pédagogisme et l’égalitarisme ».
Certaines choses semblent ne pas changer… et pourtant, elles s’aggravent.

Dès septembre 2017, Eveline Charmeux s’exprime très clairement contre le projet d’évaluations nationales standardisées au CP, en publiant en argumentaire titré « Il faut, à tout prix, empêcher les évaluations CP ! »

Et elle précise : « Seules les Éditions Universitaires Européennes ont accepté de le publier. »
Pourtant elle n’avait jamais eu jusque là de difficulté à se faire éditer. Ses travaux ont été publiés chez CEDIC-Nathan, aux Éditions Milan, ainsi qu’à la SEDRAP, mais aussi à Chronique sociale ou ESF…
C’est très grave. Cette maison d’édition n’a aucun distributeur en France : personne ne trouvera ce livre en vitrine de librairie. Aucun-e enseignant-e n’en entendra parler… On ne peut le commander que par internet, avec de ce fait des frais de port assez conséquents.

C’est pourtant l’un des seuls (le seul ?) livres qui propose, en cette rentrée 2018, une autre entrée dans la lecture que la syllabique et la correspondance lettres-sons. Pour Jean-Michel Blanquer, il faut « manger du son » en CP, on réfléchira plus tard.
Ce n’est pas qu’une image provocatrice : les « ajustements  » des programmes imposés au CSE de juillet prescrivent un travail intensif sur cette correspondance lettres-sons : « l’automatisation du code alphabétique doit être complète à la fin du CP ». Le travail sur « le code  » ne doit se faire que sur des phrases et des textes entièrement déchiffrables.
Non seulement la notion de cycle est abandonnée, mais surtout l’idée est imposée que c’est le déchiffrage rapide (« la fluence ») qui mène tout droit à la compréhension…

A l’inverse, pour Eveline Charmeux, dans « Lire c’est comprendre », on devient lecteur notamment si :

  • On apprend à s’orienter dans l’univers de l’écrit : travailler sur de « vrais écrits », littérature de jeunesse, affiches, journaux, poèmes, écrits sociaux…
  • On apprend à interroger le texte, à mettre en relation des données éparses, par le raisonnement, par la formulation d’hypothèses (compétences sémiotiques).
  • On apprend à se servir du français écrit et de tout ce qui n’existe pas à l’oral, de la mise en page aux unités de sens cachés à l’intérieur des mots...

Son ouvrage est une somme. Il est passionnant. Il récapitule 50 années de recherches et d’expérimentations mais il n’est pas publié en France [...]

Une dernière question : à quel moment s’est ouvert ce grand chantier du sens dans l’apprentissage de la lecture, auquel l’auteure aura participé pendant 50 ans, contre vents et marées ?
A la fin des années 1960, quand les premières statistiques sur la lecture en France font apparaître que 53% des adultes français n’ont ouvert aucun livre depuis leur sortie de l’école, ou encore que la moitié des appelés du contingent ne sont pas capables de comprendre un article de presse très simple…
- Pourtant, la bonne vieille méthode syllabique préconisée par Blanquer régnait alors sans partage…

Alors que faire ?
- Attendre que les écarts se creusent encore et soient constatés par le prochain PIRLS [1] ?
- Ou respecter la liberté pédagogique des enseignants… et empêcher que le paysage éditorial dans ce domaine soit totalement fermé, au pas derrière les dogmes du ministre ?
Car quelle liberté pédagogique peut s’exercer (quelle réflexion pédagogique peut se construire) pour les enseignants quand un bilan de 50 ans de recherches et d’expérimentations pédagogiques ne peut être publié ?

Voir en ligne : S’inscrire à la RIS avec E. Charmeux, 14 novembre à Auch

Notes

[1] L’évaluation internationale PIRLS 2016 (dont les résultats ont été rendus publics en décembre 2017), montre que les élèves français sont en difficulté non pas sur les compétences de base mais sur la compréhension en lecture. Les meilleurs élèves comme les moins bons ont des résultats en baisse, mais la baisse résulte surtout d’une augmentation des élèves faibles. Il est utile de rappeler que les élèves évalués ont suivi les programmes de 2008, déjà recentrés sur les « fondamentaux », et qui se sont déployés pendant que Jean-Michel Blanquer était DGESCO.

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