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Crise financière : ils ont donné le pouvoir aux pyromanes

vendredi 7 octobre 2011

Henri Sterdyniak, économiste à l’OFCE*, critique les politiques d’austérité visant à rassurer les marchés. Il fait des propositions pour réduire l’emprise des spéculateurs.

Les réactions des dirigeants politiques face à la crise vous paraissent-elles à la hauteur ?

Henri Sterdyniak. Elles sont catastrophiques. En poursuivant la réduction des déficits par la réduction des dépenses, les gouvernements donnent raison aux marchés.
D’autre part, si tous les pays essaient de réduire leur déficit, l’activité chute. Avec une croissance faible, les recettes diminuent, les dettes et les déficits publics s’accroissent, et les marchés replongent. Les dirigeants se livrent à une tâche impossible qui consiste à rassurer les marchés. Ils donnent le pouvoir économique aux pyromanes qui sont responsables de la crise. En France, le gouvernement a fait une réforme des retraites pour rassurer les marchés et, demain, il lancera une réforme fiscale de la santé, une réforme des allocations familiales, ou encore une réforme de l’assurance chômage dans ce même but. La situation est donc préoccupante sur le plan économique, social et politique.

Quelles sont les réformes nécessaires pour arrêter le cycle infernal ?

Henri Sterdyniak. La politique économique qui vise à réduire la dépense publique n’est pas une fatalité. Il faut se ressaisir à l’échelle européenne et à celle du G20. Il faut diminuer le poids des marchés financiers, en garantissant les dettes des États et retirer aux agences de notation le droit de dégrader la note d’un pays. Pour garantir les dettes, la Banque centrale européenne (BCE) doit prendre des mesures pour imposer aux banques l’achat des titres publics à des taux raisonnables et, si nécessaire, elle doit intervenir directement dans le financement des États.
La constitution d’un système bancaire public pour financer un certain nombre d’investissements utiles, dans les énergies renouvelables ou les innovations de transformation écologique dans notre industrie, est également indispensable.
Ensuite, la zone euro doit adopter une véritable stratégie de croissance. L’activité économique ne peut pas s’appuyer sur l’endettement des ménages, sur des bulles financières, mais sur les salaires et les revendications salariales. La création d’une banque européenne de développement durable, pour financer des investissements favorisant l’emploi et la transition écologique, peut également être un instrument au service d’une véritable relance de la croissance.
Le chef de l’État met l’inscription dans la Constitution d’une « règle d’or » au centre du débat politique.

Quel est le danger ?

Henri Sterdyniak . Nicolas Sarkozy profite de la situation pour faire pression sur une certaine fraction de la gauche. Il ne faut pas que celle-ci apparaisse raisonnable vis-à-vis des marchés. Notre objectif ne doit pas être de réduire à 3 % du PIB notre déficit public en 2013.
Notre grand objectif doit être de relancer la croissance, l’emploi, de prendre des mesures fortes contre les marchés financiers et de coordonner la croissance à l’échelle européenne. En mettant dans la Constitution la prétendue « règle d’or », on obtiendra une politique budgétaire totalement corsetée. La contrainte sera tellement forte, qu’elle obligera à des mesures d’austérité supplémentaires.
* Office Français des Conjonctures Economiques

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