Retour accueil

Vous êtes actuellement : METIER  / Conditions de travail 


Souffrance des enseignants : se réapproprier le plus beau métier du monde

vendredi 15 avril 2011

Une quinzaine de participants étaient présents lors de la réunion d’information syndicale qui s’est tenue le mercredi 13 avril 2011 sur le thème : « Travail enseignant : se réapproprier le métier ». Les participants ont échangé autour de deux thèmes :

"Il est impossible de conserver sa santé si on ne se reconnaît pas dans ce qu’on fait" (Yves Clot)

Les collègues, par leurs témoignages, ont permis de constater un certain nombre de sources de malaise :

- la charge de travail augmente, notre temps est « confisqué », le travail annexe de plus en plus les autres sphères de la vie, les problèmes de santé apparaissent.

- l’institution nous méprise et nous force à dysfonctionner (on remplit un document en commençant par la fin pour réussir à faire correspondre les choses dans les cases…),

- elle usurpe le sens des mots (« projet » par exemple),

- elle nous impose des objectifs inatteignables et fait confiance au professionnalisme et à la culpabilité des uns et des autres pour qu’ils mobilisent leur énergie, non pour résister, mais pour y arriver.

Il existe un gouffre de plus en plus profond entre les injonctions verticales et les possibilités réelles de répondre, ainsi que les valeurs des salariés.

Cela donne lieu parfois à des conflits entre générations, les plus jeunes étant les plus démunis face aux demandes institutionnelles, aussi aberrantes qu’elles soient.

- il devient nécessaire de procéder à des arbitrages, des choix, qui sont à l’origine d’une insatisfaction chronique. Le sentiment de ne plus avoir les moyens de faire un travail de qualité s’installe.

- Les changements fréquents (de programme…), sans temps pour réfléchir, s’adapter, sans bilan, sont épuisants.

- les enseignants n’ont pas d’espace pour exprimer leur souffrance (pas de médecine du travail, pas de reconnaissance des maladies professionnelles), alors que l’institution prend souvent comme prétexte la « protection de ses enseignants ».

- les enseignants donnent beaucoup, en dépit de leur santé, sans moyens et sans reconnaissance de l’institution, ni parfois même des parents.

La chercheuse Dominique CAU-BAREILLE a montré que le travail enseignant, tout comme les autres métiers professionnels, était en effet soumis à « des facteurs d’intensification » (augmentation des cadences, de la nécessité de faire plus à effectifs constants ou autant avec des effectifs moindres, de gérer les non-remplacements, les suppression de postes, l’augmentation des tâches administratives, de la part d’informatique, des prescriptions, des référentiels, des normes…).

Dans ce cadre, le salarié veut maintenir coûte que coûte la qualité de son travail, facteur de motivation au travail.

Mais ces conflits entre valeurs et injonctions sont rarement débattues ou négociées. C’est donc le sens même du travail qui est fragilisé.

Or la santé se joue dans les possibilités de négociation. De construire des arguments pour dire « non ». De développer l’envie d’agir et de repenser son travail. Le plus dur n’étant pas ce qu’on fait, mais ce que l’on ne fait pas, ce dont on a conscience que la situation appellerait mais dont on n’a pas les moyens.

« Comment peut-on retrouver son pouvoir d’agir et de penser son travail ? »

Face à ce cumul de contraintes dont aucune ne paraît dramatique, la pénibilité se fait invisible, les enseignants n’osent pas en parler, ni même l’admettre. Ils supportent individuellement, seuls dans leur classe, une question qui est pourtant collective.

Reprendre la main sur le travail enseignant doit inévitablement passer par une réflexion sur le métier : cela signifie ne pas se penser victime d’un système et participer à des espaces d’expression et de discussions polémiques autour du travail (quelle éthique, quelles valeurs, quelles représentations …), pour mettre en mot les tensions et les contradictions vécues. Cela devrait permettre de refaire de la place aux savoirs des enseignants et ainsi d’ouvrir des espaces de négociations, dans un rapport plus démocratique au travail, pour retrouver la fierté du métier.

L’opposition et la création collectives permettent de ne pas se laisser envahir par la culpabilité individuelle et l’épuisement générés par l’absurdité des demandes institutionnelles. Les marges de manœuvre se conquièrent ensemble.

Autant de pistes de réflexion et d’actions que le SNUipp a ouvert dans le cadre de son chantier « Travail ». Un enquête nationale intitulée « Le travail enseignant en quête de sens » est actuellement en cours.

« Travailler, c’est faire l’expérience de ce qui résiste, cela nécessite des ajustements permanents, le développement de stratégies de résistance, de ruses... ».

Christophe DEJOURS. Psychiatre, psychanalyste, professeur au Conservatoire national des Arts et Métiers et directeur du laboratoire de psychologie du travail et de l’action. Il est notamment l’auteur, aux Editions Payot, de Travail vivant, qui propose une théorie nouvelle du travail.

Penser le travail – Une urgence politique

Film entretien de Thomas Lacoste

Editions La Bande Passante

www.labandepassante.org

SPIP | | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0 |

SNUipp 32 - Chemin de Réthourie 32000 Auch (plan d’accès) - tél : 05 62 05 42 51 - fax : 05 62 05 65 78 - courriel : snu32@snuipp.fr